AMOA: COMMENT GÉRER UNE ÉQUIPE PROJET OFF-SHORE EN INDE ?

DevOps & Agilité Mardi 15 mars 2016 Pas de commentaire

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« Les cultures nationales pèsent de tout leur poids, même là où les grands efforts sont faits pour créer, au-delà des frontières, une culture d’entreprise originale »

D’Iribarne, 1989

 

Connaitre les interactions culturelles est indissociable du fonctionnement de l’organisation et de la culture d’entreprise.
En effet, il est impensable de vouloir gérer à l’identique une équipe basée aux USA, en France ou en Inde.
La dimension interculturelle requiert d’analyser en détail les règles visibles, c’est-à-dire les pratiques et comportements usuels.
J’ai expérimenté ce qui suit en manageant une équipe basée en Inde, à Bangalore.

 

« OSER »
Il faut comprendre que les choses simples dans notre contexte culturel, deviennent difficiles en Inde.
Le simple fait de dire non par exemple n’est pas du tout chose facile en Inde.
Il m’a fallu apprendre à mon équipe à le faire. Et attention à ne pas s’y méprendre … tourner la tête de gauche à droite (qui signifierait un « non » chez nous) veut en faire dire « oui » pour un indien.
Apprendre aux membres de son équipe à dire non vous l’aurez compris est important, mais au-delà de cela, il faut aussi les habituer à proposer leurs idées, à les exprimer, à ne pas rester sur un modèle passif, mais plutôt contributif, et cela laisse entrevoir de belles surprises.
Pour cela il ne faut pas hésiter à bien expliquer le contexte du métier de façon très basique, à donner des exemples concrets pour qu’ils comprennent bien les enjeux du projet et les conséquences qu’auraient une non-réalisation.

 

« LA NOTION DU TEMPS»

Le temps ne revêt pas la même importance en Inde qu’en occident.
Il est d’ailleurs très fréquents à Bangalore de mettre plus de 4h pour parcourir une distance de 10km en voiture. Là où nous aurions tous perdus notre calme dans un embouteillage, les indiens, eux, demeurent très sereins, c’est ainsi, voilà tout.
Ils ont en réalité une perception du temps très cyclique (quand en occident nous sommes plus linéaires).
Le retard par exemple est tout à fait normal quelque que soit l’évènement qu’il soit privé (pour une cérémonie par exemple) ou professionnel.
Le temps a peu d’importance. C’est un éternel recommencement.
Il est essentiel de comprendre ceci car la gestion du planning et par conséquent des livrables vont être nécessairement impactés dans le cadre d’un projet.

 

« LA DISTANCE»

La distance hiérarchique est très marquée en Inde, les castes sont toujours une réalité dans le pays.
L’entreprise a une dimension sociale forte et favorise l’interdépendance entre les membres. Le manager doit veiller au bien-être de ses salariés qui en retour lui témoigneront loyauté, solidarité et respect.
Les collaborateurs indiens sont capables d’accomplir beaucoup de choses quand ils croient en la personne qui les manage. Obtenir leur adhésion est clé.
Il faut donc être proche de ses collaborateurs mais attention à conserver une distance physique.
Là où en France nous sommes particulièrement habitués à une poignée de main ou encore à faire la bise à ses collègues, en Inde ces pratiques sont fortement déconseillées.
On n’a aucun contact physique, on se salue certes mais à distance.

 

« LE TRAVAIL D’ÉQUIPE »
En inde, les intérêts du groupe priment sur la réussite individuelle.
En effet, même si vous souhaiter dissocier et assigner à chaque membre une tâche différente, vous constaterez que dans la pratique, cela ne fonctionne pas.
Les collaborateurs travaillent rarement seuls. Ils discutent de ce qu’ils font et réalisent ensemble leurs développements ou leurs tests. Ce qui nous ramène inexorablement à la gestion du temps car les estimations sont basées sur un travail individuel, tandis que dans la pratique, cela se transforme souvent en sessions de brainstorming collectives.
Cela permet d’éviter également les conflits individuels, qui sont très mal vécus par nos collaborateurs en Inde. Il faut préférer et préserver le consensus.

 

« LA NOTION DE QUALITÉ, D’AMÉLIORATION CONTINUE »
Si nous demandons à un développeur de développer, il va développer. Cependant, il faudra être précis quant au niveau de qualité exigé.
Cela évite une pression inutile à postériori car le stress est très peu présent dans les entreprises à Bangalore, et aurait plutôt tendance à être contreproductif.
Le marché de l’informatique y est tel que si un collaborateur ne se sent pas bien ou est trop sous pression, il traverse la rue et trouve un autre job dans l’heure. C’est une réalité
Mieux vaut anticiper et être clair dans nos attentes.
La persévérance dont les indiens savent faire preuve saura venir à bout de la plupart des réalisations, et le succès collectif qui leur sera reconnu sera fortement apprécié.

 

Angélique Manzano, Directrice de projet AMOA

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